Accord de cessez-le-feu : soulagement, vigilance et mobilisation

Au vu de la situation humanitaire catastrophique des Palestinien•nes après 15 mois de campagne génocidaire israélienne à Gaza, l’annonce de la signature d’un accord de cessez-le-feu intervenue ce mercredi 15 janvier ne peut être qu’un soulagement. Après tant de mort•es, de blessé•es, de mutilé•es, de désolations infligé•es aux Palestinien•nes, nous comprenons la joie qu’éprouvent de nombreux•ses militant•es à les voir célébrer cette annonce. Pour autant, le soulagement que nous partageons n’est que partiel au vu de la nature de cet accord, de la poursuite des exactions de l’armée israélienne – depuis l’annonce, plus de 100 Palestinien•nes ont été tué•es dans des bombardements – et du fait qu’Israël n’a jamais hésité à travers son histoire à violer un accord de cessez-le-feu. La trève de novembre 2023 qui avait vu l’échange d’environ 80 otages israélien•nes contre près de 200 otages palestinien•nes n’avait ainsi duré que six jours. 

Les détails de l’accord connus pour le moment doivent également nous conduire à la plus grande prudence. C’est seulement à l’issue d’une première phase au cours de laquelle un certain nombre d’otages israélien•nes doivent être échangé•es contre des otages palestinien•nes qu’interviendront les négociations visant à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu permanent. A l’heure actuelle, il n’existe aucune garantie qu’Israël soit disposé à aller au-delà de cette première phase, et à accepter les conditions prévues par l’accord annoncé, en particulier le retrait complet des forces d’occupations de Gaza. Bien au contraire, certaines des forces politiques sionistes les plus fanatiques, à l’instar du parti de l’actuel ministre des finances Bezalel Smotrich ont menacé de faire tomber la coalition gouvernementale à moins que ne reprenne la campagne génocidaire dès la fin de cette première phase. 

Depuis des mois, le gouvernement israélien a du reste systématiquement refusé des accords comportant des conditions similaires, démontrant ainsi que ses buts réels n’étaient nullement la libération des otages mais bien la destruction de Gaza et de sa population dans la perspective d’une annexion du territoire. Le fait qu’il y consente aujourd’hui ne peut s’expliquer que par des pressions extérieures, en particulier celles d’un Donald Trump trop heureux d’annoncer triomphalement avoir réussi là où son prédécesseur avait échoué : la libération des otages israélien•nes qui, depuis le 7 octobre, constitue le principal prétexte à la poursuite du génocide. Pourtant, le nouveau président états-unien a toujours affiché un soutien sans faille au régime israélien. Il est ainsi légitime d’imaginer qu’en échange de cette opération de communication, il ait accédé à un certain nombre des demandes du gouvernement de Tel-Aviv, qu’il s’agisse d’une reprise de la campagne génocidaire à l’issue de la première phase de l’accord ou d’une annexion ultérieure de la Cisjordanie. 

Au-delà même de ces sombres perspectives, il est essentiel de rappeler que le retour au statu quo qui existait avant le 7 octobre 2023 ne constitue en aucune manière une issue politique pérenne. Faute d’être traitées, les causes qui conduisent régulièrement aux explosions de violence qui ensanglantent la région depuis près de 80 ans, et qui ont culminé depuis 15 mois avec le génocide de Gaza, continueront à produire de mêmes effets. C’est pourquoi, au-delà du soulagement que constituerait l’interruption du génocide, il restera plus essentiel que jamais de poursuivre les mobilisations pour que justice soit rendue au peuple palestinien, en particulier à travers le soutien à la campagne BDS, la mise en application des décisions de la justice internationale et notamment l’application des mandats d’arrêt émis par la CPI, ainsi que le maintien de la pression sur nos Etats impérialistes pour isoler diplomatiquement le régime israélien. 

C’est uniquement en rendant justice au peuple palestinien, c’est-à-dire en réparant les torts historiques qu’ont constitué pour lui la mise en place d’une suprématie juive entre la mer et le Jourdain, la dépossession de ses terres, la Nakba, la mise en place d’une société coloniale d’apartheid et finalement le génocide qu’il sera possible de mettre un terme au cycle de violence qui frappe l’intégralité des populations de la région depuis près d’un siècle. 

Comments (

0

)