Jeudi 12 février 2026, au cours d’un affrontement initié par des militants d’extrême-droite contre des antifascistes, Quentin Deranque, membre du groupe néofasciste des Allobroges Bourgoin passé notamment par l’Action Française et figure bien implantée du milieu de l’extrême-droite lyonnaise, a été grièvement blessé à la tête. Après avoir initialement refusé de se rendre à l’hôpital voisin, il a finalement été pris en charge par les secours avant de succomber des suites de ses blessures deux jours plus tard.
Dans une volonté manifeste d’instrumentaliser sa mort, les différents groupes d’extrême-droite impliqués ont tout de suite présenté cet accident dramatique comme le lynchage à mort d’un étudiant inoffensif par des antifascistes adeptes d’une violence aveugle. Ce narratif a été immédiatement repris sans aucune distance par la classe médiatique et politique. Pendant trois jours, les membres du collectif suprémaciste Némésis ont pu dérouler leur version sur les plateaux des grandes chaînes d’information. Ce récit mensonger n’a pas résisté longtemps à l’analyse des faits. Les enquêtes menées notamment par Contre Attaque et Le Canard Enchainé ont ainsi révélé que l’affrontement faisait suite à un guet-apens tendu aux antifas par les militants fascistes. Quelques jours plus tard, L’Humanité révélait que Nemesis avait déjà accepté par le passé de servir d’appât pour ce type d’action, en indiquant au préalable à des groupes fascistes où leurs membres comptaient tracter afin d’attirer de potentielles victimes. De la même manière, à l’encontre de la version présentée dans un premier temps par les médias mainstream, il est apparu rapidement que Quentin Deranque n’était pas un simple étudiant inoffensif mais un membre actif de l’extrême-droite lyonnaise, identifié entre autres à Paris lors du défilé néonazi du C9M.
Malgré ces révélations, la machine médiatique et politique s’est immédiatement déchaînée sur les organisations de gauche, à commencer par la France Insoumise et la Jeune Garde. Les chaînes d’information en continu et la presse écrite se sont acharné tout particulièrement sur Rima Hassan et Raphaël Arnault, les présentant comme directement responsables de la mort du militant fasciste.
Point culminant de cette normalisation sans précédent de la violence fasciste, l’intégralité des forces politiques de l’Assemblée nationale a observé une minute de silence en hommage à Quentin Deranque, à l’exception du groupe LIOT. Ce fait d’une gravité exceptionnelle est un marqueur de plus de la fascisation profonde du pays : c’est la première fois dans l’histoire de la République que l’Assemblée rend hommage à un militant néonazi, membre d’organisations ouvertement fascistes et racistes. Cet hommage est d’autant plus abject que de nombreuses victimes de crimes racistes n’y ont pas eu droit : Hichem Miraoui, assassiné de cinq balles dans le dos en mai 2025, Federico Martin Aramburu, abattu en mars 2022 par le néonazi Loïk Le Priol pour s’être interposé dans une agression raciste, Angela Rostas, victime du racisme anti-rrom assassinée en février 2024 alors qu’elle était enceinte de 7 mois, ou encore El Hacen Diarra, mort en garde à vue dans le commissariat du 20e arrondissement de Paris en janvier dernier.
Le fait que tous les partis de gauche sans exception aient accepté de se plier à cet hommage initié par la droite et l’extrême-droite est effarant. Il faut néanmoins garder à l’esprit que cette minute de silence constituait un piège tendu à la France Insoumise : la moindre tentative de protestation aurait constitué un prétexte bienvenu pour criminaliser toujours plus le seul parti institutionnel de masse tentant de résister tant bien que mal à la fascisation du pays, alors que les appels à sa dissolution pure et simple se normalisent chaque jour davantage. Cette situation dramatique est aussi la conséquence directe des manœuvres de celles et ceux qui, se prétendant de gauche, acceptent par lâcheté ou par opportunisme de participer à sa diabolisation depuis des années.
Comble de l’indécence, un certain nombre de figures médiatiques, telles que l’ancien journaliste Paul Amar, l’ancien président de la LICRA Alain Jakubowicz, ou encore la toutologue Rachel Khan, ont osé le rapprochement entre la mort de Quentin Deranque et l’assassinat antisémite d’Ilan Halimi survenu en février 2006. De la même manière, convoquant un imaginaire renvoyant aux violences subies par les populations africaines-étatsuniennes dans le cadre de la ségrégation, la presse mainstream n’a pas hésité à évoquer un « lynchage », et l’intellectuel médiatique Alain Finkielkraut a qualifié les militants antifascistes de « pogromistes ». La confusion du débat public a atteint un tel niveau qu’il est désormais parfaitement légitime de comparer un militant néonazi à la victime d’un crime antisémite odieux, et d’affirmer que des groupes défilant masqués derrière des croix celtiques entre deux saluts hitlériens sont victimes de violences racistes.
Dans ce contexte, Tsedek! tient à réaffirmer sans ambiguïté son soutien plein et entier à La France insoumise, à la Jeune Garde, et à toutes les organisations antifascistes de terrain qui luttent contre l’extrême-droite où elle se trouve, partout en France et à Lyon en particulier.
La vague fasciste ne cesse de gagner en intensité, en France comme dans le reste du monde. Il y a quelques jours, Martine Vassal, candidate de la droite aux élections municipales à Marseille a fait sienne sans ciller la devise « Travail, famille, patrie » du régime collaborationniste et antisémite de Vichy, tandis qu’Aurore Bergé reprenait contre la France Insoumise l’insulte maurrassienne « d’anti-France ». Partout dans le pays, les ligues fascistes multiplient les provocations et les agressions. Des mosquées, des bars identifiés de gauche ainsi que des permanences de député·es insoumis.e.s ont été attaqué·es, et des groupes fascistes se sont livrés à des ratonnades à travers tout le pays. Les locaux de la France Insoumise à Paris, de la CGT à Lyon, et des Ecologistes lyonnais ont été évacués à la suite d’une alerte à la bombe. À Tours, des militant·es de la Jeunesse Communiste ont été pourchassé·es et agressés·es par des fascistes.
Bien que le contexte actuel la rende plus pressante que jamais, la menace qui pèse sur les militant·es et leurs espaces n’est pas nouvelle (menaces de mort et de viol, attaques sur des librairies, des bars, des permanences, agressions diverses). C’est aussi cette réalité matérielle qui rend nécessaire l’autodéfense populaire. Car face à la violence fasciste, l’État et sa police ne sont pas plus un rempart aujourd’hui qu’ils ne l’ont été hier. Au contraire, le 21 février, la manifestation appelée par l’extrême-droite lyonnaise pour « reprendre la ville » a été autorisée par la préfecture, et un solide dispositif policier mis en place pour empêcher tout contre-rassemblement. À sa tête s’affichaient des néonazis notoires, à l’instar d’Yvan Benedetti, ancien leader du mouvement pétainiste dissout L’Œuvre Française. De nombreux lieux publics ont dû fermer par sécurité, dont le Musée d’histoire de la Résistance et de la Déportation. Divers slogans racistes et homophobes ont été proférés pendant la manifestation et plusieurs agressions racistes ont été commises le soir même. Rappelons en outre que l’écrasante majorité des violences racistes sont aujourd’hui directement mises en œuvre par l’État et ses administrations, des assassinats policiers aux CRA, des expulsions d’imams aux mort·es en Méditerranée.
Alors que l’antifascisme est plus que jamais criminalisé, nous n’oublions pas pourquoi nous sommes antifascistes. Le 12 février 1943, la Gestapo entrait dans les locaux de l’UGIF de la rue Sainte-Catherine à Lyon et procédait à l’arrestation des 86 personnes présentes. Parmi elles, 80 seraient assassinées dans les centres de mise à mort d’Auschwitz, de Majdanek et de Treblinka. Nous n’oublions pas les millions de Juif·ves, de Rrom·es, de LGBTI, assassiné·es par la machine génocidaire nazie. Nous n’oublions pas les socialistes, les communistes, les anarchistes qui se sont organisé·es et ont combattu le fascisme en Italie, en Allemagne, en Espagne, au Chili, et en France. Le combat contre la barbarie fasciste est un combat pour l’humanité toute entière.
Depuis la panthéonisation du résistant antifasciste Missak Manouchian il y a deux ans, la France n’a cessé de pourchasser les antifascistes vivant·es. Dans ce contexte toujours plus sombre, notre camp doit faire front face aux attaques de l’extrêmedroite et de la bourgeoisie radicalisée. C’est pourquoi nous apportons notre soutien plein et entier à toutes et tous les antifascistes interpellé·es, et appelons à rejoindre massivement la manifestation pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes et des minorités de genre du 8 mars prochain et les grandes marches contre l’extrême-droite et le racisme du 14 mars. Il est impératif de leur reprendre la rue.

