Le mouvement de contestation initié par les lycéen·nes depuis le 21 septembre a désormais atteint une ampleur nationale. Insalubrité des bâtiments, manque de professeur·es, horaires abrutissants, violence du tri social incarné par Parcoursup : comme pour la plupart des services publics, dix ans de pouvoir macronien auront transformé l’éducation en véritable champ de ruines. Comme à chaque mouvement social, la macronie agonisante oppose à la détermination des mobilisations une répression sauvage, dont les médias aux ordres tentent désespérément d’assurer le service après-vente. Le ministère de l’Intérieur a déployé des camions entiers de CRS en armure pour affronter des enfants de 15 ans, s’enorgueillissant de leur avoir donné pour instruction de ne faire preuve « d’aucune retenue ». Les interpellations dépassent désormais les 5000, soit en une semaine près de la moitié du nombre total sur l’intégralité du mouvement des Gilets Jaunes.
Les images des exactions policières ont une nouvelle fois déferlé sur nos écrans, avec ceci de nouveau qu’elles concernent désormais presque exclusivement des mineur·es, à l’instar d’une jeune fille de 14 ans étranglée et tirée par les cheveux par un CRS, ou d’un jeune garçon dont la tête a été maintenue sous l’eau pendant d’interminables secondes. En moins d’une semaine, trois lycéens ont été éborgnés, un autre s’est fait arracher la main par une grenade, et un dernier a vu ses dents détruites et sa mâchoire fracturée par un tir de LBD à bout portant en plein visage. De nombreuses images amateur ont par ailleurs mis en lumière d’innombrables provocations de policiers en civil, visant à favoriser les affrontements et les dégradations dans le but de justifier la répression.
L’une des particularités de ce mouvement est d’avoir été initié par des lycées de banlieue parisienne. C’est à Créteil, dans le Val-de-Marne, que les premiers blocus ont commencé, et les lycées Suger et Paul-Eluard de Saint-Denis ont immédiatement fait l’objet d’une attention médiatique particulière. Ce sont également ces établissements qui ont été les premiers visés par des arrêtés préfectoraux de fermeture visant à endiguer la révolte. Le fait que ce mouvement soit parti de la banlieue, donnant à voir des cortèges de lycéen·nes noir·es et arabes exprimant une parole politique claire, explique en partie la brutalité de la répression. La déshumanisation, notamment raciste, est une condition nécessaire à l’exercice d’une violence qui va jusqu’à mutiler des enfants.
Au-delà de la question des lycées, il faut souligner l’état de dévastation d’ensemble que près de 40 ans de néolibéralisme auront produit : services publiques détruits, souffrance au travail omniprésente, précarité généralisée, explosion des inégalités, hausse de la mortalité infantile, inflation, paupérisation toujours plus grande de l’écrasante majorité de la population. Dans ce contexte, il est absolument nécessaire pour le reste d’une société à bout de se joindre aux mobilisations lycéennes. À ce titre, les signes de convergence sont particulièrement encourageants, à l’instar de professeur·es, de syndicalistes ou d’élu·es s’interposant entre les lycéen·nes et la violence de la police. Le mouvement étudiant a également emboîté le pas à celui des lycéen·nes avec de premiers blocus organisés dans les facultés parisiennes. Enfin, les organisations syndicales de nombreuses branches appellent à rejoindre le mouvement pour une grande journée d’action ce mardi 6 octobre.
Tsedek! affirme son soutien total aux lycéens et aux lycéennes en lutte pour leur dignité et appelle à rejoindre les mobilisations du 6 octobre, ainsi qu’à soutenir les mouvements lycéens partout où cela est possible. Nous appelons également à la libération de tous les manifestant·es jeté·es en garde à vue par la police ou placé·es en détention provisoire de manière inique, à l’instar de notre camarade Ritchy Thibault.
Le 6 octobre, pour la dignité des lycéen·nes en lutte, contre les violences d’État, contre Macron et son monde, soyons dans la rue.

